
Instructeur en locomotion
Un métier clé pour l’autonomie des personnes déficientes visuelles
Se déplacer seul, traverser une rue, prendre les transports, explorer un lieu inconnu… Pour beaucoup, ces gestes du quotidien sont automatiques. Pour une personne déficiente visuelle, ils peuvent devenir de véritables défis.
C’est là qu’intervient l’instructeur en locomotion dont l’objectif est simple mais essentiel : redonner autonomie, sécurité et confiance.
Un métier spécialisé au service du déplacement
Apparue en France en 1962 et inspirée des pratiques américaines, la rééducation en locomotion s’est progressivement structurée. Aujourd’hui, près de 200 instructeurs en locomotion exercent sur le territoire, auprès d’enfants comme d’adultes, dans des contextes variés : centres de rééducation, services ambulatoires, établissements scolaires, associations, centres de formation ou encore en libéral.
Ces professionnels travaillent généralement au sein d’équipes pluridisciplinaires, aux côtés d’ophtalmologistes, orthoptistes, ergothérapeutes, psychomotriciens, psychologues ou éducateurs spécialisés. Ensemble, ils construisent un accompagnement global et personnalisé.
La formation est officiellement reconnue par l’État depuis 1997 via le CAERLDV (Certificat d’Aptitude à l’Éducation et à la Rééducation de la Locomotion auprès des personnes Déficientes Visuelles). Elle est accessible à des professionnels déjà diplômés dans les champs médico-sociaux, éducatifs ou paramédicaux, et repose sur un parcours exigeant mêlant théorie, mises en situation et stages.
Apprendre à se déplacer autrement
Contrairement aux idées reçues, la locomotion ne se résume pas à l’utilisation d’une canne blanche ou à l’apprentissage de trajets « par cœur ».
Il s’agit d’un véritable travail d’éducation et de rééducation, adapté aux capacités, aux besoins et aux projets de chaque personne.
Concrètement, l’instructeur en locomotion aide à :
– Développer les capacités d’analyse multisensorielle (sons, textures, odeurs, vibrations…),
– Se situer et s’orienter dans l’espace,
– Marcher en ligne droite et détecter les obstacles,
– Traverser un carrefour en sécurité,
– Effectuer des trajets quotidiens, connus ou nouveaux,
– Utiliser les transports en commun,
– Se déplacer avec aisance dans des environnements variés.
L’objectif est clair : permettre à la personne de comprendre son environnement pour pouvoir s’y déplacer seule, en sécurité et avec confiance.
Un rôle essentiel dans les écoles de chiens guides
Dans une école de chiens guides, l’instructeur en locomotion occupe une place centrale tout au long du parcours de la personne déficiente visuelle.
Avant l’arrivée du chien, il évalue les capacités de déplacement, vérifie les prérequis techniques et analyse les besoins en lien avec les projets de vie et de mobilité. Si nécessaire, il propose une remise à niveau pour préparer au mieux la future collaboration avec le chien guide.
Pendant la remise, il accompagne la transition entre la canne blanche et le chien guide. Car se déplacer avec un chien implique une autre manière de prendre des repères, d’analyser l’espace et de construire ses trajets. L’instructeur peut aussi intervenir comme tiers entre la personne et l’éducateur pour renforcer les apprentissages.
Après la remise, il continue à soutenir la personne dans la découverte de nouveaux environnements et dans l’appropriation de nouveaux trajets.
Lors du départ à la retraite du chien, il redevient un acteur clé en accompagnant la transition temporaire vers la canne blanche, tant sur le plan technique que sur celui de la confiance en soi.
Un métier de compétences… et de cœur !
Être instructeur en locomotion, c’est bien plus qu’enseigner des techniques de déplacement.
C’est savoir observer, écouter, encourager, adapter. C’est accompagner des parcours de vie, soutenir des projets, redonner de la liberté de mouvement, et parfois, de la confiance là où elle avait été fragilisée.
Ce métier exige des compétences solides, une grande pédagogie, beaucoup d’empathie et de patience. Aujourd’hui, sa spécificité est de plus en plus reconnue, et son inscription prochaine au RNCP (Répertoire National des Certifications Professionnelles) marque une étape importante dans sa valorisation.

